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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 08:08

Etrange pensée qui se refuse comme telle en tant que philosophie politique et qui, à première analyse, semble peu cohérente : méfiance envers l’État et recherche de son autorité, substitution de la puissance publique au profit d’organismes régulateurs ? Peu comprise il y a 30 ans et mode dominant des discours économiques et politiques aujourd’hui !!!

Efficace et discret, ce corpus se présente comme une pensée managériale de l ’Etat et de la pratique de gouvernement ; derrière le terme en vogue « gouvernance » se cache et se développe une vaste littérature managériale contemporaine…

On perçoit que le néolibéralisme n’est pas une idéologie du laisser-faire et du retrait de l’État, elle constitue, au contraire une réflexion qui se présente comme apolitique et qui tend à organiser l’action des gouvernants et des gouvernés. Il est une réponse à l’échec des politiques dites classiques que connut l’Europe des années 30 et qui n’avaient pas tirées toute les conséquences de la notion de concurrence imparfaite en ne comprenant pas l’importance structurelle de cette dernière.

Face à cet échec, le keynésianisme et la mise en place du Wellfare State furent des réponses ancrées dans une conception classique du Libéralisme : le point clé reste la notion de marché, qui est reconnu comme imparfait et que l’on doit encadrer tant économiquement (politiques Keynésiennes…) que socialement (sécurité sociale, retraites, formations …..) ;enfin tant que les échanges économiques se fondaient que sur de vastes marchés peu différentiés, sur un certain taux de croissance et sur une ouverture raisonnée des échanges le libéralisme social ou la social-démocratie pouvaient se reposer sur le bon fonctionnement du «capitalisme fordiste ».

Les développements de la finance, de la puissance des ordinateurs, de l’irruption bouleversante des réseaux, du monétarisme de l’école de Chicago, des luttes contre l’inflation, de l’abandon des schémas néokeynésiens, de l’indépendance des Banques Centrales et de l’écroulement du socialisme soviétique ont permis le retour sur scène de modèles culturels et politiques fondées sur des principes de l’entreprenariat ( liberté comme sous-jacent) et de la responsabilité de chacun (des Droits et Devoirs de chacun) avec un Etat ayant comme fonction première de faire en sorte que la société soit un cadre favorisant ces principes.

L’ordo-libéralisme allemand et le libéralisme culturel anglo-saxon ont fourni un travail de diffusion qui va prendre, dans les années 1980, à la faveur de la crise du capitalisme fordiste, une emprise très forte sur les modes de gouvernement et de gestion.

Le néolibéralisme est une philosophie favorable à l’État, et non pour son retrait. Ce courant de pensée politique exige un État fort pour garantir les libertés civiles, la propriété et le respect des contrats.

Contrairement au libéralisme hérité du XVIIIe siècle qui fonde l’idée d’une société civile développant la prospérité et l’harmonie par l’échange pour le bien de tous ; le néo-libéralisme passe de l’échange libre entre acteurs égaux et consentants à l’organisation du principe de concurrence organisée par la puissance publique et développé dans de multiples secteurs d’une société humaine. L’innovation consiste à passer de la création du marché, à l’autorégulation en faisant respecter le principe de concurrence.

L’ordo-libéralisme allemand insiste sur la régulation juridique et institutionnelle de la concurrence, le libéralisme autrichien développe une théorie de l’action humaine (« praxéologie »), du marché en tant que processus visant l’équilibre entre les acteurs, l’État étant le gardien du droit afin de préserver l’efficience du marché.

Le néo-libéralisme va au dela, change de nature et donne un cadre politique au développement d’un capitalisme à la fois patrimonial et financier ; il n’y a plus équilibre mais compétition !!

La construction européenne a mutée ; à l’origine c’est la tradition française qui s’installe à Bruxelles avec comme base intellectuelle le droit administratif français et l’économie portée par de grands projets : l’Etat est acteur et directeur ; la régulation est de type néo keynésienne (le célèbre modèle IS/LM ).

L’arrivée du Royaume-Uni à Bruxelles a infléchi la pratique des Institutions Européennes : l’ordo-libéralisme allemand y a trouvé un terrain favorable qui était une continuité de son propre fonctionnement ; mais le droit de la concurrence et l’économie sociale de marché tel que pratiqué à ce jour, n’ont plus qu’un lointain rapport avec la social-démocratie des Trente Glorieuses (politique keynésienne contra cyclique, protection sociale, cogestion des entreprises).

La révolution « conservatrice » des années 1980 aux États-Unis et la politique de l’Union Européenne (on se rappellera l’affaire Péchiney !!), en alliant libéralisation et régulation "forte", ont permis que la crise du capitalisme fordiste débouche sur une forme plus globale de capitalisme qui privilégie non plus la grande organisation mais ce qu’on appelle la valeur actionnariale au service du mode de fonctionnement d’un capitalisme patrimonial dont la faible régulation par des normes ne se résout que par la gestion chaotique de bulles successives…………

Il s’agit d’une forme de rationalité prônant l’efficacité de l’action publique ; ce nouveau paradigme fondé sur la concurrence généralisée et le modèle entrepreneurial permet de comprendre une série de politiques telles que les recapitalisations massives des banques qui ne sont pas des nationalisations mais un comportement d’État chargé de garantir la sûreté du système (les bulles spéculatives !!). En ce sens, l’État est devenu une entreprise au service des entreprises et des entrepreneurs qui parfois se demandent ou est passé le temps long de l’investissement.

Le néolibéralisme n’est pas seulement une politique et une technique de gouvernement, il colporte aussi un style de gestion et de comportement fondé principalement sur la performance. En érigeant ainsi cette dernière comme critère des choix économiques et politiques, on risque de rendre fragile les bases culturelles et philosophiques des sociétés démocratiques et des différentes Nations européennes. La philosophie et la doctrine libérale qui se fondent sur un socle de concepts et de valeurs à la fois plus vaste et plus structuré ont un urgent devoir d’analyse critique……………..

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