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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 09:06

Certains économistes avaient donné l’alarme. Personne n’a voulu les écouter ?

La raison en est peut-être que le paradigme macroéconomique « main stream » ne sait pas comment prévoir et faire ce qu’il faut pour conjurer la crise actuelle et sans doute les prochaines, si rien n’est repensé. Il y a pourtant quelques idées qui méritent d’être creusées.

Si l’on fait une brève revue des théories qui ont vues le jour depuis la révolution keynésienne, suivie par le bouleversement monétariste de Milton Friedmann, les réactions des nouveaux classiques et des nouveaux keynésiens qui structurent la macroéconomie « officielle » depuis plusieurs décennies, on peut faire plusieurs remarques.

La réussite de la révolution keynésienne a été de construire un modèle global capable d’expliquer les niveaux de production, les taux d’intérêt, les prix et l’inflation en postulant que les salaires ne réagissaient que lentement aux variations des prix. Des modèles macroéconomiques ont été bâtis pour évaluer de façon concrète et opérationnelle ces intuitions. Toutefois les anticipations et l’incertitude, qui étaient fondamentales pour Keynes, furent mal intégrées. Il manquait une théorie pour comprendre la réaction lente des salaires et des prix face aux chocs économiques.

Les nouveaux modèles classiques ont négligés les rigidités des prix et des salaires, et ont fondés leurs principes sur le fait que tout agent économique anticipe de façon rationnelle puis cherche à maximiser sa satisfaction. Les modèles dits néokeynésiens n’ont fait que réintroduire les rigidités des prix et des salaires.

La crise de 2008 a montré les faiblesses de la théorie des anticipations rationnelles. L’augmentation puis l’effondrement des prix des actifs n’était pas compatible avec un processus rationnel de formation des prix.Tout se déroulait comme si les anticipations n’étaient qu’extrapolations des analyses fondées sur le passé. Les prix montèrent à des niveaux extrêmes par rapport aux fondamentaux. L’ajustement rapide des prix sur les marchés pour rétablir l’équilibre entre offre et demande a été remis en cause et on a commencé à admettre que les prix clés du système économique (taux de change et taux d’intérêt) dépendent autant des acteurs des marchés que des États ; quand on sait l’organisation oligopolistique des marchés financiers, il y a un réel problème de refondation.

En outre, ces théories universitaires « modernes » n’ont guère influencé les banques centrales dans leurs décisions. Enfin, les dirigeants politiques continuent de se reposer sur des modèles néokeynésiens qui n’ont pas permis de régler les vrais problèmes.

Les modèles empiriques n’ont jamais su prévoir les retournements de cycle ou les crises financières ; Keynes doutait de leur utilité qui négligeait l’intuition et les anticipations pas toujours rationnelles qui sont le fondement des comportements économiques. La complexité est au cœur de l’économie et l’avenir est incertitude; les comportements des financiers et des entrepreneurs restent pragmatiques et sont sujet à des « émotions » (les esprits animaux) qui ne sont pas logique pure et connaissance instantanée de tout ce qui est nécéssaire.

Les modèles plus récents ont un cadre théorique utile à l’analyse mais ne sont que peu d’utilité pour prédire les événements. Ces modèles font abstraction des concepts de l’école autrichienne, des travaux d’Hyman Minsky ainsi que des développements fondés sur la théorie des systèmes.

L’école autrichienne accorde une importance première à la création de monnaie et de crédit par le système financier et aux déséquilibres cumulés que cela cause à terme (voir aussi les pronostics de Maurice Allais sur ces sujets). Ces déséquilibres, qui sont une accumulation d’investissements non rentables, se manifestent de façon violente à l’occasion d’un choc brutal.

La crise 2008 en est un exemple frappant : une croissance du crédit rapide a débouché sur une augmentation du prix des actifs sans rapport avec une réelle création de richesses. Cela a alimenté des niveaux de dépense anormalement hauts ; l’épargne des ménages (notamment en pays anglophones) est descendue à zéro.

Pour l’école autrichienne, le risque majeur est que ces déséquilibres ne disparaissent pas au vu des politiques monétaires actuelles. C’est le nœud de nos difficultés récentes : effondrement du prix des actifs, baisse de la demande, augmentation du chômage, crises bancaires, politiques non conventionnelles et les prix des actifs (mais quels actifs réels ??) se reflatent…………

Ainsi pour l’école autrichienne, la croissance chinoise portée jusqu’à présent par les investissements est un signe d’inquiétude pour maintenir une croissance durable car toute décision de dépense erronée fait apparaitre un stock de biens d’équipement non rentables ou non voulus et qui mettront du temps à s’amortir en affaiblissant fortement les bilans des acteurs économiques et financiers.

Cela signifie que de nombreux secteurs d’activité se sont développés

trop vite pour répondre à une demande artificielle et sont, à ce jour, trop importants. De nombreux outils industriels en Asie produisaient pour l’étranger qui n’a plus les moyens d’acheter et une redistribution géographique des moyens de production, du fait de la révolution numérique, est en train de se faire.

Si le soutien keynésien à la demande a un effet positif à court terme, à long terme il provoquera des effets négatifs en empêchant les ajustements des capacités de production. Pendant ces restructurations, le chômage augmente et les niveaux de production baissent. Cette réduction des capacités s’ajoute aux ralentissements économiques classiques (réduction des investissements, resserrement du crédit, ajustement de l’emploi et des salaires).

Sachant, en outre, que l’assouplissement quantitatif mis en œuvre depuis quelques années, n’a jamais été utilisé auparavant, ses effets sont incertains et sans doute fonction de l’état des structures propres à chaque pays. Ce surcroît d’incertitude sur les agrégats ne facilite pas le retour à des vrais prix (intérêt et change). Face à cela l’économie politique (ce qu’on appelle la macroéconomie) évoque trop peu encore, les problèmes du secteur financier tels que le mode de fonctionnement de l’intermédiation. On rendra grâce à Michel Aglietta d’avoir développé la macroéconomie financière.

Irving Fisher avait essayé d’étudier ces faits. Au vu des nombreuses faillites bancaires aux États-Unis dans les années 30, il a analysé les stades de l’attribution des prêts à des conditions de plus en plus hasardeuses. C’est ce laxisme qui les menaçait et les a conduites à leurs pertes. (Debt deflation theory !).

Pour comprendre ces situations, il faut avoir aussi recours aux analyses d’ Hyman Minsk qui parle d’accélération dans la croissance des crédits et dont les échéances se raccourcissent sans cesse ; dans la phase finale les prêts servent à payer les intérêts des prêts précédents. De façon imprévisible les créanciers se rendent compte de leurs erreurs et se concentrent sur leurs propres risques de façon quasi simultanée et à ce moment tout s’effondre avec des conséquences douloureuses pour l’économie réelle. Cela semble être une crise de liquidité mais c’est une crise d’insolvabilité des contreparties (y compris des autres banques), qui fait disparaitre le crédit (blocage du marché interbancaire et aversion totale aux risques de prêts envers l’économie réelle).

Les hypothèses simplificatrices des modèles des Nouveaux classiques et des Nouveaux keynésiens ne permettent pas des politiques économiques efficaces. Les prévisions des modèles empiriques disponibles doivent être prises avec prudence et scepticisme. Les erreurs de prévisions du FMI, de l’OCDE et d’autres structures font que, sachant les limites de chaque modèle, on en utilise plusieurs ; l’intuition de décideurs expérimentés devient la base des choix de politique économique.

Hors crise violente le cadre keynésien pouvait estimer les écarts de production et les tendances inflationnistes ; il semblait expliquer le constat simultané d’une croissance soutenue, d’une inflation en baisse et des taux d’intérêts réels très bas.

Cependant des «déséquilibres au sens autrichien du terme » débouchèrent sur la crise actuelle. La recherche à venir en macroéconomie doit trouver les moyens d’identifier ces derniers et d’y réagir. Il faut, en outre, se pencher sur la création excessive de monnaie et de crédit qui peut causer des déséquilibres hors du système financier et avoir de vraies conséquences négatives sur l’économie réelle.

L’influence de la situation patrimoniale des ménages et des entreprises sur leur décision de dépenses, plutôt que sur leur capacité de dépenses devra être traité en urgence .Réintroduire le suivi et l’analyse des bilans (et du hors bilan) des acteurs économiques et financiers va devenir impératif en matière d’économie politique générale, afin de ne pas se limiter à la stabilité financière.

Les déséquilibres et l’endettement excessif des ménages et des entreprises correspondent très souvent à un endettement excessif des institutions financières et finalement des Etats. C’est ce besoin de désendettement simultané qui rend grave le ralentissement économique correspondant. L’étude du fonctionnement du système financier doit continuer d’être une priorité. Toutefois des études portant sur les informations imparfaites, les problèmes de réseaux et de systèmes ne sont pas à négliger !!

Ces nouvelles approches financières peuvent avoir de grandes conséquences institutionnelles (systèmes de protection sociale ou structure des réseaux bancaires). Les chercheurs étudient le rapport entre le risque d’aléa moral qui en découle (incitations biaisées) et la gravité des crises financières. La question de savoir si les banques sont devenues trop grosses ou trop imbriquées pour les laisser mourir ou les sauver d’une banqueroute systémique n’est un aspect du problème plus fondamental de la monnaie et de sa création.

La crise actuelle a mis en lumière de nombreuses questions ayant une importance pratique pour la gestion et la prévention des crises.

Ces pistes de travail nous amèneront-elles sur des changements de modèles voir de paradigme, il est un peu tôt pour le savoir mais il est urgent de s’y atteler !!

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