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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 10:44

Nous sommes passés d'un risque conjoncturel à un risque plus structurel. Les évolutions des prix à la consommation vont, de nouveau dépendre des politiques des Banques Centrales. Depuis le milieu des années 90, les variations des indices de prix n’étaient que peu corrélées aux variations des masses monétaires ; lorsque les liquidités étaient abondantes, les hausses de coût ont été contrecarrées par les effets déflationnistes provenant des biens importés des pays émergents.

Ces forces déflationnistes sont en train de disparaître ; d’une part les prix des biens importés ont commencé à monter (hausse des salaires et de la demande dans les pays émergents ; augmentation du taux de change de ces pays ; abandon de la rigueur monétaire et budgétaire chez certains), et d’autre part, les matières premières sont à la hausse du fait de l'industrialisation de ces mêmes pays. Auparavant, les excès de liquidités ne se déversaient pas dans les prix à la consommation, mais dans les prix des actifs ; la hausse des prix était là mais n'apparaissait pas dans les indices de prix à la consommation. Les Banques Centrales ont eu la partie facile ; elles vont maintenant se trouver confrontées à des choix douloureux. Jusqu’à présent, la mondialisation avait distendu le lien entre la masse monétaire et les prix ; cette " exception " a pris fin. Cela va conduire à des modifications profondes dans la conduite des politiques monétaires.

En effet, une hausse des prix à là consommation peut avoir une double origine :

- soit un excès de la demande par rapport à l'offre : les capacités de production ne permettent pas à un moment donné de répondre à cette demande et les producteurs en profitent pour augmenter leurs prix. La hausse des taux comprime la masse monétaire, ralentit la circulation de la monnaie par accroissement des encaisses monétaires et  les tensions sur les prix se calment ; la hausse des importations ces dernières années a, de surcroît mis les prix sous contrainte tout en répondant à la demande, ce qui facilitait l’action des Banques Centrales.

 

- soit un accroissement des prix de certains biens (matières premières) qui n'est pas directement la conséquence d’un déséquilibre offre / demande ; ces prix augmentent indépendamment de la demande ; si ces derniers sont des éléments importants des coûts de fabrication, les producteurs vont répercuter ces hausses dans leurs prix de ventes ; si l’on veut éviter une dérive inflationniste, la Banque Centrale n’a comme solution que de contraindre la masse monétaire pour que l’ajustement se fasse par les quantités et les prix et cela sans échappatoire comme auparavant. De surcroit si la politique de la Banque Centrale est comprise comme donnant la priorité à la lutte contre l'inflation, les entrepreneurs vont anticiper une diminution de la demande et donc une difficulté à intégrer dans leurs prix les hausses de coûts ; ils se verront obligés de réduire la masse salariale ; ainsi l’accroissement du chômage aboutira à la baisse de la consommation. Les biens et services produits dans le pays baissent en volume et en prix sauf à accepter une baisse de la valeur de la monnaie (ce qui est en cours en ce moment aux Etats-Unis).

Dans la situation actuelle : ralentissement et hausse des prix des matières premières, les Banques Centrales doivent choisir entre : l'action contre l’inflation ce qui implique une récession avec un risque déflationniste, et, l'action contre le ralentissement économique, ce qui implique un développement des anticipations inflationnistes avec un risque inflationniste de " deuxième tour " .

La BCE donne la priorité à la lutte contre l'inflation ; avec un euro fort, l’Europe peut s’enfoncer dans la déflation. La FED a d’abord donné la priorité au soutien de l'activité économique, elle semble accorder plus d’importance à l’inflation tout dernièrement.

A ce jour des grands groupes répercutent les hausses de coûts (encouragés par les marchés financiers) ; les PME, quant à elles anticipent à la fois une baisse de volume et une augmentation des prix de vente.

La contradiction des signaux entre d’une part la BCE (lutte contre l’inflation) et la FED (sauver le système financier et maintenir un minimum d’activité domestique ; période électorale oblige : on ne peut pas à la fois mettre les gens à la rue (subprime) et au chômage (hausse des taux)) font que les acteurs économiques restent dans l’expectative ; les repères (taux d’intérêts, cout et prix) ne sont plus stabilisés à court comme à moyen terme. En fait tant que la crise immobilière (subprimes et rehausseurs de crédits) ne sera pas jugulé (il faudra bien mettre en place une garantie fédérale ; ce qui est en train de se faire …) et que les banques n’auront pas entièrement mesurées et apurées leurs pertes réelles et tirées toutes les conséquences de la perte des profits sur les activités de marché, l’économie des pays développés ne pourra pas repartir du fait d’un crédit rare ; la reprise sera plus longue en Europe, car les taux pratiqués par la BCE ne facilitent pas la reconstitution des marges.

Qu’on le veuille ou non cette crise financière débouche sur une crise de la consommation dans les pays développés, dont ses effets sont longs à se diffuser dans le tissu économique ; les étapes en sont les suivantes : crise immobilière ; contractions dans le secteur de la construction et crédit Crunch diffusent le ralentissement à tous les secteurs, il s’ensuit une érosion de l’emploi, une hausse du chômage, et une baisse des rentrées fiscales.

Ce ralentissement verra son amplitude varier en fonction d’une part de la politique de la FED (une action plus soutenue contre l’inflation accroîtrait cette amplitude) ; en outre une baisse des matières premières, redonnant du pouvoir d’achat et des liquidités aux consommateurs des pays développés ne permettrait pas une reprise très rapide du fait de la nécessité de se désendetter avant de dépenser à nouveau.

Nous restons finalement toujours avec la même inconnue : qui peut prendre le relai d’une consommation occidentale assise sur une démographie pour le moins mature ?

Les pays émergents ont-ils aujourd’hui des marchés intérieurs suffisamment structurés pour prendre cette place ?

Les taux de croissance Chinois sont-ils fiables ?

 

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Published by Emmanuel Harlé - dans Economie
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