Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 12:02

Le succès en matière économique exige une stratégie, du temps, et de la ténacité. A titre d’exemple les britanniques ont fait les choix suivants : laisser agir le marché avec le moins d’interventions possible, pour les biens et services comme pour le travail : l’objectif a été, avec la capacité d’attraction de la City, de créer une économique de services, tant dans les métiers à forte valeur ajoutée, que dans les services à faible productivité. C’est ce modèle économique qui a permis le retour de la prospérité et l’augmentation du niveau de vie.

L’Allemagne, partant de sa base industrielle, s’est renforcée dans les biens d’équipements industriels ; une politique de déflation compétitive a été engagée depuis quelques années pour permettre aux entreprises industrielles de maintenir et développer leurs parts de marché à l’échelle internationale.

  En France, on ne sait pas choisir ou plutôt on ne veut pas choisir : on parle de préserver voire développer le pouvoir d’achat, on veut restaurer la compétitivité du tissu industriel qu’on a laissé se déchirer depuis 25 ans et dans le même temps on ne touche pas au modèle social qui, par manque de ressources et d’adaptabilité ne remplit plus son rôle ……. il y a absence de stratégie par manque d’adaptation des structures aux réalités économiques et géopolitiques actuelles. A titre d’exemple on voit combien le débat sur la TVA dite sociale est loin de la réalité en France ; en Allemagne cette mesure s’inscrit dans une stratégie de long terme qui a exclu les tensions inflationnistes en s’appuyant sur un euro fort (comme le Mark autrefois), qui promeut l’industrie des biens d’équipements pour l’exportation le moteur principal de la croissance et qui, de ce fait, aide les firmes à s’imposer à l’international dans les pays émergents comme dans les pays développés ; cela implique une demande intérieure faible et de favoriser les entreprises qui délocalisent une partie de leur production vers les pays de l’est pour gagner en compétitivité. A coté de cette stratégie industrielle, l’Allemagne a conservé en l’adoptant un modèle social protecteur avec des prélèvements obligatoires importants.

 Au Royaume-Uni et dans les pays nordiques le tissu économique est constitué de grandes entreprises construites par croissance externe et des groupes bancaires mondialisés qui ont chacun la faculté à se développer sur les marchés mondiaux ; on est en présence d’une croissance par le savoir-faire stratégique et financier et non plus seulement par la compétitivité industrielle des activités manufacturières. Ce modèle demande un libre fonctionnement des marchés (des biens, des services, du travail), il assure un quasi plein emploi soit avec une protection sociale faible (Royaume-Uni, Etats-Unis) soit avec un Etat providence (pays scandinaves).

 Les pays développés qui répondent efficacement aux enjeux de la mondialisation et de l’arrivée des pays émergents semblent le faire selon deux modèles : ceux qui ont établi leur offre sur des produits complexes et à haute valeur ajoutée en jouant sur la qualité, le savoir faire et la baisse des coûts de production en délocalisant certaines fabrications ; ces pays brident leur demande intérieure au profit de l’export, moteur de la croissance, pour gagner des parts de marché au plan mondial ; et ceux qui ont construits des entreprises mondiales et un système bancaire et financier développé et diversifié ; les fabrications sont délocalisées et ne sont conservées que les fonctions stratégiques (R& D, composants-clés, marketing, distribution). La consommation intérieure est le principal moteur à moyen terme de la croissance ; les déficits commerciaux sont importants mais la puissance du système financier attire les capitaux contrepartie nécessaire pour équilibrer la balance des paiements.

 La situation de notre pays est intermédiaire : des grands groupes internationaux mais un tissu de PME trop lâche, une consommation bridée par des salaires qui stagnent, un marché du travail bloqué par une rigidité administrative voire corporatiste, des gisements d’emplois réels mais inexploités (distribution, tourisme, services à la personne …), de grands groupes financiers (banques et assurances) mais une place boursière (7% du PIB contre 35% au Royaume-Uni !) qui manque de profondeur (et de capitaux longs), un Etat omniprésent et trop complexe mais sans efficacité réelle …

L’urgence est de débloquer la croissance potentielle ; ceci exige une forte capacité à créer des emplois à la fois sophistiqués et moins qualifiés à partir de nos vrais points forts actuels : tourisme, distribution, service …S’il est nécessaire de conserver et de développer des compétences technologiques fortes, notre pays n’a pas réfléchit en profondeur sur ses atouts n’a pas non plus analysé les incohérences de son système social dont le financement est basé encore en majeure partie sur un travail trop rare (chômage, 35 heures …) et des protections multiples de nature corporatiste.

 Chaque grand pays a fait un choix en matière d’aide aux entreprises : l’Allemagne, à travers ses districts industriels et ces structures de transfert technologique, aide ses entreprises exportatrices ; le Royaume-Uni investit dans la santé et l’éducation, les USA financent leurs industries de pointes à travers les réseaux militaro-industriels et le Small Business Act. En France depuis la fin des grands programmes, il n’y a plus d’impulsion pour retrouver un tissu entrepreneurial compétitif et efficace ; les seules actions d’envergure ont été la mise en place des incubateurs publics (loi Allègre 99/2000), la création des pôles de compétitivité et la création des FCPI.  

La croissance et la compétitivité demandent plusieurs types d’actions : choisir des secteurs ou nos avantages sont réels ou possibles : tourisme, distribution, services à la personne, BTP, équipements ferroviaire, automobile, aéronautique, constructions électriques, nucléaire, télécommunications, agriculture ; réfléchir sur ce que nous pouvons encore faire dans les secteurs du futur : biotechnologies, santé, composants électroniques ; mettre en place un équivalent français voire européen du Small Business Act américain créer des filières de financements homogènes et continues pour les nouvelles technologies ; et développer la place financière parisienne (Londres concentre 90% des fonds d’investissement ! ) en facilitant l’existence et la présence d’acteurs de long termes, en simplifiant le droit des titres et en renforçant le professionnalisme et la légitimité des instances de régulation.  

Le choix en matière de modèle social demande un grand débat sur la future nature de notre système de protection sociale qui, aujourd’hui apparaît à la fois comme étatiste et corporatiste (grande variété des régimes de retraites, statuts différenciant de la fonction publique, multiplication des aides de toute nature, niches fiscales, multiples niveaux d’interventions). Les autres pays ont fait des choix (modèles social-démocrate ou libéral) clairs et de ce fait gèrent plus efficacement l’Etat et les organismes de redistribution ce qui permet d’alléger la dépense publique et de mieux orienter les choix.

Contrairement à ce que l’on croit notre système n’est pas égalitaire et universel ; certaines catégories reçoivent plus ; la transparence est faible … un tel système engendre la défiance et par conséquence les replis. Or l’économie moderne fondée sur une multiplicité de marchés et la variété des échanges a besoin avant tout de confiance !

Nous avons un besoin urgent d’un Etat stratège qui doit concentrer toutes ses forces sur des problématiques d’avenir et non sur la gestion de pans entiers de notre régulation économique et surtout sociale !

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Emmanuel Harlé - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Emmanuel Harlé
  • : Site du fondateur d'un fonds d'investissement dédié aux regroupements sectoriels
  • Contact

Recherche

Liens