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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 08:58

Le rejet inattendu du plan Paulson a entraîné un accroissement du stress bancaire et le gel complet du marché interbancaire. Si les actions publiques ont été retardées et dramatisées, la réalité a montré qu’il existait un prêteur en dernier ressort à savoir l’Etat. Le plan US et les décisions des pays européens ont évité l’effondrement total et entrainé une première révision des normes comptables extravagantes (et qui se poursuivra  dans la discrétion).

Aux Etats-Unis, une forte action monétaire et budgétaire est menée, ce qui garantit à terme une situation régularisée. Toutefois le stress vécu ces dernières semaines laissera subsister des accès de paniques et une grande volatilité sur les marchés actions. Il ne faut pas oublier que ces paniques ont conduit à prendre des mesures plus fortes que prévues des deux cotés de l’Atlantique. 

Cela n’empêchera pas toutefois la contraction des liquidités conséquence du puissant ralentissement économique en cours. Si la crise est bien due à des pertes réelles en provenance des crédits immobiliers et de leur titrisation, le développement de cette crise financière est dû à l’addition  de règles comptables procycliques (notion de prix de marché instantané), d’une mauvaise utilisation des analyses des agences de rating qui se basent sur un passé comptable ( elles ne sont pas chargées de l’appréciation du risque qui est la base du métier de banquier !) et de la confusion dans la panique des critères de solvabilité et de liquidité. Pour sortir de cette course (trappe) à la liquidité, il fallait une intervention des Etats seule capable de fournir du temps, des liquidités et des prix aux marchés; les plans américains et européens répondent à ces objectifs. 

Les banques Centrales ont remplacé les marchés interbancaires (retour au fonctionnement des années 70 !). Aux USA, la banque Centrale élargit la gamme des " papiers " qu’elle échange contre des bons du Trésor. Le Trésor accroît la quantité de bons du Trésor détenu par FED sous forme de prêts ou sous forme d’augmentation de capital. En Europe le mécanisme de la garantie publique à été utilisé car il n’y a pas de Trésor européen .Fin 2007, la dette américaine était de 5000 Milliards de $, soit 37% du PIB et la dette de la zone Euro de 6000 Milliards d’Euros, soit 66.4% du PIB.La meilleure situation des finances américaines va permettre une relance budgétaire importante ce que l’Europe aura du mal a faire ; d’où l’insistance du Président français quant à la mise en place d’un gouvernement Européen.

En outre, la modification comptable permise récemment va permettre une reclassification entre catégories d’actifs au sein des bilans bancaires afin de permettre des transferts d’actifs financiers soumis au " Mark to Market " vers des catégories d’actifs pouvant être maintenues à leur coût historique.

La panique va certes s’atténuer. Cependant la crise de liquidité va encore durer car les pertes bancaires ont abouti à un crédit crunch qui entraîne un réel ralentissement.

La crise du crédit sera longue (plusieurs mois) ; l’économie est sur une tendance baissière qui ne va pas s’arrêter tout de suite. Nous sommes au sein d’un processus de récession-déflation.

Aux USA, la chute de la consommation des ménages va renforcer cette tendance ; l’effet du crédit d’impôt du plan de relance du printemps est terminé. Un nouveau plan de soutien sera sans doute voté au Congrès après l’élection.

L’Europe était tiré par trois moteurs: la consommation des ménages, l’immobilier et les exportations allemandes. A ce jour, ces trois moteurs sont arrêtés ; l’Espagne et la Grande Bretagne vont connaître du fait du retournement de leurs marchés immobiliers une réelle dépression.

Les plans de sauvetages bancaires, et les baisses des taux des Banques Centrales vont permettre la reconstitution des fonds propres des banques et faire redémarrer le crédit…mais quand ?...et pour soutenir quels acteurs : les consommateurs sont en berne ! Les entreprises à l’affut. 

En synthèse, trois mesures fondamentales sont mises en œuvre en ce moment : 

-avoir des taux courts nominaux et réels le plus bas possible,

-sauver le système bancaire pour relayer la politique monétaire à travers le crédit,

- utiliser le budget pour soutenir l’activité. 

La FED a baissé ses taux, la BCE a commencé à le faire. Il est urgent qu’elle aille plus loin et plus vite. Le système bancaire est provisoirement tiré d’affaire. L’arme budgétaire a déjà été utilisée au printemps et va l’être à nouveau aux USA. En ce qui concerne l’Europe, les relances budgétaires se feront pays par pays avec moins d’aisance et c’est un risque majeur, car si les européens ne se mettent pas à l’élaboration d’une véritable politique de relance, on peut se retrouver dans une situation à la japonaise.

La demande intérieure US pourrait commencer à se redresser au deuxième semestre 2009 si un puissant plan de relance est mise en œuvre. En Europe le poids de la dette et les différences d’approche entre Nations rendront ce processus plus difficile plus long et peut être plus aléatoire ! 

Les marchés émergents sont eux aussi loin d’être à l’abri : 

- La Russie comme le Venezuela, tiraient leur croissance de l’augmentation des prix du pétrole ; c’est la valeur et non le volume de ces produits qui avait augmenté. Lorsque celle-ci baisse, les excédents se réduisent comme peau de chagrin.

-les pays de l’Est, le Brésil et l’Inde ont bénéficié de l’apport de capitaux étrangers. Le crédit crunch et la " fuite vers la qualité " vont entraîner un sérieux freinage.

- la Chine a bénéficié d’une forte demande de produits industriels des pays de l’OCDE, comment remplacer cette demande quand elle baisse ? Il faudrait que le Renminbi soit réévalué, que la consommation intérieure soit favorisée, que le crédit vienne soutenir un investissement qui ne bénéficierait plus de la transformation des dollars en monnaie intérieure.

Ces pays vont, dans les prochains mois, détériorer le paysage économique mondial. Avec plusieurs incertitudes majeures : risques bancaires, immobiliers ou politiques.

 

En conclusion

Des désillusions sont à venir sur les résultats des entreprises sont les actions sont basses. Cela assure à long terme, un rebond élevé lorsque les BPA reprendront le chemin de la croissance.

Les perdants seront ceux pour lesquels la liquidité est fondamentale, à savoir : matières premières, marchés émergents, immobilier européen, structures spécialisées dans les LBO, et peut être à terme l’Euro (contre le dollar).

 Il est toutefois impossible d’apprécier le moment du retournement. Il n’en reste pas moins que l’économie réelle reprendra son chemin. 

Les Etats-Unis seront les premiers à sortir de la crise. La zone Euro en sortira beaucoup plus tard et à condition de jouer un jeu collectif. Quant aux pays émergents, ils rentrent maintenant dans la crise et les conséquences ne seront pas seulement économiques mais géopolitiques avec toutes les incertitudes que ce genre de situation sous-entend.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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