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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 21:11




L'efficacité en économie exige une stratégie et de la pugnacité. A titre d'exemple, les Britanniques ont fait les choix suivants : laisser agir le marché pour les biens et services comme pour le travail ; l'objectif a été de créer, avec l'attraction de la City, une économie de services (métiers à valeur ajoutée et services à faible productivité). C'est ce modèle qui a permis l'augmentation du niveau de vie. L'Allemagne a signé une politique de déflation compétitive pour permettre aux entreprises (biens d'équipement industriels) de développer leurs parts de marché internationales.

En France, on ne veut pas choisir : on parle de renforcer le pouvoir d'achat, de restaurer la compétitivité du tissu industriel et, dans le même temps, on ne touche pas au modèle social qui, par manque de ressources, ne remplit plus son rôle. Il y a absence de stratégie par manque d'adaptation aux réalités économiques et géopolitiques. A titre d'exemple, on voit combien le débat sur la TVA sociale est loin de la réalité dans notre pays ; en Allemagne, cette mesure s'est inscrite dans une stratégie du refus de l'inflation en s'appuyant sur un euro fort et qui promeut l'industrie des biens d'équipement pour l'exportation ; cela implique une demande intérieure faible et la délocalisation d'une partie de la production vers les pays de l'Est pour gagner en compétitivité. A côté de cette stratégie industrielle, l'Allemagne a conservé un modèle social protecteur à prélèvements obligatoires importants.

Au Royaume-Uni, le tissu économique est constitué de grandes entreprises construites par croissance externe et des groupes bancaires mondialisés qui ont chacun faculté à se développer sur les marchés mondiaux ; on est en présence d'une croissance par le savoir-faire stratégique et financier, et non par la compétitivité industrielle. Ce modèle demande un libre fonctionnement des marchés, il assure un quasi-plein-emploi avec une protection sociale plus faible.

Ainsi les pays développés qui répondent aux enjeux de la mondialisation semblent le faire selon deux modèles : ceux qui ont établi leur offre sur des produits à haute valeur ajoutée en jouant sur la qualité et le savoir-faire ; ces pays brident leur demande intérieure au profit de gains en parts de marché mondiales ; et ceux qui ont des entreprises mondiales et un système bancaire très développé ; les fabrications sont délocalisées et ne sont conservées que les fonctions stratégiques ; la consommation intérieure est le principal moteur de la croissance ; les déficits commerciaux sont importants, mais la puissance du système financier attire les capitaux, contrepartie nécessaire à l'équilibre.

La situation de notre pays est intermédiaire : des groupes internationaux mais un tissu de PME trop lâche, un marché du travail bloqué par une rigidité corporatiste, des gisements d'emplois réels mais inexploités (distribution, tourisme, services à la personne...), de grands groupes financiers mais une place boursière qui manque de profondeur (et de capitaux longs), un Etat omniprésent mais sans efficacité réelle.

L'urgence est de débloquer la croissance potentielle ; ceci exige une forte capacité à créer des emplois à partir de nos points forts actuels : tourisme, distribution, service. Notre pays n'a pas réfléchi sur ses compétences et ses atouts et n'a pas analysé les incohérences de son système social, dont le financement est basé encore en majeure partie sur un travail trop rare et des protections de nature corporatiste.

Chaque grand pays a fait un choix en matière d'aide aux entreprises : l'Allemagne le fait à travers ses districts industriels et ses structures de transfert technologique ; le Royaume-Uni investit dans la santé et l'éducation ; les Etats-Unis financent leurs industries de pointe à travers les réseaux militaro-industriels et le Small Business Act. En France, depuis la fin des grands programmes, il n'y a plus d'impulsion suffisante ; les seules actions notables ont été la mise en place des incubateurs publics, la création des pôles de compétitivité et la création des FCPI.

La croissance demande plusieurs types d'actions : choisir des secteurs ou nos avantages sont réels, tourisme, distribution, BTP, équipements ferroviaires, aéronautique, nucléaire, télécommunications, agriculture ; réfléchir sur ce que nous pouvons encore faire dans les secteurs du futur, biotechnologies, santé, composants électroniques ; mettre en place un équivalent français (eurocompatible !) du Small Business Act ; créer des filières de financement homogènes et continues pour les nouvelles technologies ; développer la place financière parisienne en facilitant la présence d'acteurs de long terme, en simplifiant le droit des titres et en renforçant la légitimité des instances de régulation.

Enfin, le choix social demande un débat sur la nature de notre protection sociale, qui est à la fois étatiste et corporatiste (variété des régimes de retraites ; statuts différenciés, aides de toute nature, niches fiscales). Les autres pays ont fait des choix (modèles social-démocrate ou libéral) clairs et, de ce fait, gèrent plus efficacement l'Etat et les organismes de redistribution, ce qui permet d'alléger la dépense publique et de mieux orienter les choix.

Contrairement à ce que l'on croit, notre système n'est pas égalitaire et universel ; certaines catégories reçoivent plus ; la transparence est faible... un tel système engendre défiance et repli. Or l'économie, fondée sur une multiplicité de marchés et la variété des échanges, a besoin de confiance !

Nous avons besoin d'un Etat stratège qui se concentre sur des problématiques d'avenir et non sur la gestion de pans entiers de notre régulation économique et surtout sociale !

, 18/04/2008, EMMANUEL HARLÉ est fondateur et associé gérant d'un fonds d'investissement

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