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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 20:23

Euro oblige, la France n'a plus de pouvoir direct sur sa monnaie ni sur son taux de change dont le niveau ne correspond pas à notre compétitivité. Il appartient donc aux pouvoirs publics de rétablir les équilibres économiques (balance extérieure et déficit budgétaire) et pour cela remettre en cause notre modèle économique fondé sur la consommation et l’endettement ; cela implique de traiter les sujets qui fâchent tel que la compétitivité de nos industries. La politique suivie ces derniers mois à travers la hausse des impôts et le refus d’utiliser la TVA et la CSG pour ne pas pénaliser la consommation est intenable à terme. Le rapport Gallois est une remarquable analyse mais les décisions qu’en a tirées le gouvernement ne sont pas à la hauteur de cette réflexion. C’est trop peu et trop tard !

Le rapport Gallois avait une mission pédagogique. Sa plume se devait d'être reconnue de la quasi-totalité du spectre politique et des milieux économiques. Son auteur remplit ces conditions. Il pouvait donc dire ce qu’est la réalité et c’est une heureuse surprise tant sur le diagnostic que sur les voies proposées pour redresser la situation. En synthèse ce rapport nous crie que le décrochage est là, que nos entreprises et leurs coûts trop élevés pour des produits de moyenne gamme, ont des marges trop faibles qui interdisent les investissements pouvant améliorer l'offre ; en outre, le tissu des PME est trop lâche et la solidarité interindustrielle est faible. Enfin, ces dernières n'ont pas la taille critique qui leur permettrait de jouer dans la grande cour européenne ou mondiale. Nous manquons d’Entreprises de Taille Intermédiaire (4.600 en France contre plus de 10.000 en Allemagne, mais aussi en Italie et en Grande-Bretagne). Il souligne au final que la formation et les dépenses de R et D ne sont pas assez en phase avec l’innovation et l’industrie.

Quant aux solutions préconisées, elles s'organisent en deux grands chapitres. D'une part, des actions facilitant la montée en gamme à moyen terme des productions françaises (formation, budget publics de recherche, aide à l’exportation, liens entre grandes et petites entreprises, financements appropriés, stabilité des dispositifs fiscaux !) et, d'autre part, des mesures rapides et importantes (30 Milliards d’Euros) d'allègement permettant aux entreprises de retrouver de meilleures marges par transfert de charges sociales vers des impôts à assiette large. Enfin, ce même document insiste sur le fait de ne pas négliger le cout de l’énergie en tenant compte du parc nucléaire et d’une recherche indispensable en matière d’exploitation de gaz de schistes. Le message est clair il devient urgent de s’attaquer aux rigidités françaises.

La réponse du gouvernement est décevante tant sur le fond que sur le rythme d’application des solutions choisies. Cependant, on discerne un début de changement de politique économique et on commence à s’intéresser aux entreprises et pas seulement aux consommateurs et l’on se dit (en sourdine) que les dépenses publiques sont excessives.

Pour passer de la pédagogie intelligente du rapport à l'application politique les pouvoirs publics doivent composer avec trois contraintes : les partenaires extérieurs, l'idéologie de la gauche française (qui n'a pas encore accepte la social-démocratie!) et les marchés (qui font apparemment le pari de la réforme structurelle mais pour combien de temps ?)

L’allègement des coûts sociaux est retenu, mais l’aide passe par un crédit d’impôt sur les sociétés de 20 Milliards avec une montée en charge sur trois ans : oui, mais trop peu et trop long. On soulignera la distance entre la clarté du rapport et la variété trop complexe des mesures politiques prises, témoignant combien notre administration adore les pompes aspirantes et refoulantes et combien nos hommes politiques sont loin du temps « économique ». C’est une habitude typiquement française qui mérite réflexion car qui peut encore croire qu’un ensemble d’incitations aussi précis soit-il puisse être efficace dans un monde ouvert où la segmentation des marchés est non seulement quasi infinie mais surtout perpétuellement changeante. Alors que les leçons du rapport se veulent simples on crée une infinité de mesures compliquées ! Le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi est peu lisible, il en résulte une absence de choc psychologique ! Le recours à la TVA se fait sur un mode mineur et à terme, et la CSG n’est pas prise en compte. La baisse des dépenses publiques reste une annonce.

Le plus étrange toutefois reste ce changement réel mais discret de politique économique (baisse de la dépense publique et restauration des marges des entreprises), peu lisible, probablement par calcul politique (ledit choc reste faible pour ne pas utiliser les impôts à large assiette et remettre à plus tard la réforme de la protection sociale), par peur aussi d’affaiblir la demande des ménages, le seul moteur qui tourne encore un peu, alimenté par un carburant de très mauvaise qualité, celui de la dette !

En clair, le gouvernement parie sur une reprise de l’économie en 2014, repousse la restructuration du système hypercomplexe et non gouverné qu’est notre administration publique, tout en dessinant, il faut le reconnaître, l’esquisse d’un changement de politique économique ;

L’Europe attend et ce rapport a, sans doute, allumé une petite mèche.

 

Article paru dans La Tribune le 15/11/2012

 

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