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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 00:00

 Mondialisation et cultures

 - L’humanité après  le néolithique a vécu jusqu’au XV siècle (1492- Découvertes des Amériques) au sein de bassins culturels relativement indépendant les uns des autres (peuples d’Amérique centrale, Afrique subsaharienne, Inde du Deccan, Chine, Japon, Russie, bassin romain, Europe…). Les  échanges étaient commerciaux ou guerriers ; seuls quelques phénomènes ont bouleversé cet ordre des choses : l’aventure d’Alexandre,  l’Empire romain, l’expansion  de l’Islam à partir de 622, l’épopée mongole…

-  L’Europe, « ce petit cap » de l’Asie pour citer P. Valéry, a vécu entre le IV et le VII siècle de notre ère un  bouleversement complet de sa population du fait des migrations des  « germains » venus de l’est ; ce fut l’amorce des nations européennes qui, grâce au sauvetage de la culture classique par les monastères chrétiens et à l’apport via l’Espagne  musulmane d’éléments philosophiques et scientifiques grecs et hindoux  ont pu se construire sur des bases culturelles solides. Ce sont ces bases qu’il faut maintenant préciser et définir avant d’en étudier les conséquences pour les autres formes de pensées et d’actions présentes depuis quelques millénaires dans les autres bassins de civilisation de notre planète.

 

-  Ce qu’on appelle culture occidentale n’est finalement  qu’un vaste mélange historique de trois corps de pensées différents : Le monothéisme judéo-chrétien influencés par les Egyptiens, la « Res Publica » romaine et le logos grec.

 -Le premier dont les racines sont orientales (Egypte = la vie après la mort,  notamment), sémitiques (l’extraordinaire réflexion religieuse juive avec toute la lignée des prophètes – l’Ancien Testament) et qui, à travers la personne du Christ qui se sacrifie, révèle au monde la fausseté de la plupart des religions fondées sur des sacrifices (les boucs émissaires ), renvoie l’homme à ses propres fautes (la manipulation d’autrui) et propose le pardon ; il ne faut jamais oublier que le Christianisme est d’abord une théorie de l’Homme remarquablement exposée dans les Evangiles. Cette construction (qui a mis 3000 ans à s’établir (-2000 avant  JC à + 1000 après JC) à permis de substantifier deux notions : le respect  de la personne humaine (création divine) et de la notion Salut qui ouvre la route à l’idée de progrès moral.

-  La «  Res Publica » romaine est le deuxième affluent de la civilisation occidentale. Avant tout pragmatiques, les romains surent très tôt organiser deux choses : le pouvoir politique (toute la période qui s’étend des rois mythiques à la fin de la République) et l’organisation militaire tant sous son aspect stratégique et  tactique que logistique (route, aqueduc, camp retranché etc…). La notion de propriété (tant privé que publique), la répartition des pouvoirs (sénat, tribuns, nominations des chefs de guerre) et l’organisation à la fois hiérarchique et territoriale ont modelé l’ensemble des nations occidentales jusqu’aux guerres napoléoniennes.

- Enfin, les grecs (et tout d’abord ceux d’Asie Mineure, l’Ecole de Milet) apportèrent outre leur fantastique Panthéon, une invention d’une puissance  extraordinaire : la philosophie. Cette dernière véhiculait trois grands ordres d’idées : le doute (Socrate), la métaphysique (Platon), la physique (les présocratiques et  Aristote) ; ils dotèrent l’Europe grâce à Byzance et Alexandrie,  d’outils intellectuels très puissants ; ces derniers permirent d’inventer tout d’abord l’éducation (l’œuvre du Moyen Age à travers le trivium et le quadrivium) et les Universités ; grâce à  la Scolastique les intellectuels européens eurent la possibilité de s’entraîner à la réflexion logique (l’argument de Saint Anselme démontrant logiquement l’existence de Dieu se déroule  avec la rigueur d’une équation mathématique) ; toute la structure philosophique et donc morale de la civilisation a été bâtie durant les siècles du moyen âge (V siècle au XIII siècle). La renaissance apporte deux choses : la redécouverte des philosophies antiques (stoïcisme, épicurisme) et surtout le besoin d’expérimenter (ce  que ne connaissaient pas les grecs) : Galilée, Giordano Bruno et Kepler sont là ; la science expérimentale peut commencer ; pendant cinq siècles elle va porter l’Europe à son sommet.

 - Cette culture du progrès et de l’expérimentation va malgré tout enregistrer quelques solides erreurs qui se sont traduites par des millions de morts : entre 1800 et 1989, deux idéologies issues des réflexions philosophiques et historiques du XIX siècle, le socialo- communisme et le national socialisme vont mener à des modes d’organisation  totalitaires et à deux conflits mondiaux qui mettront l’Europe à genoux et laisseront derrière eux quelques millions de morts. L’efficacité mal gérée  ou la productivité mal contrôlée vont générer des désastres écologiques dont nous n’avons pas encore pris la pleine mesure (mer d’Aral, pollution des eaux, risques alimentaires et viraux, acidité des océans  ) .Toutefois,  il reste l’invention de modes universels d’organisation, de réflexion et de gestion ;en matière d’organisation , le droit privé (le contrat) et public (l’Etat et  les Organisations internationales) ;en matière scientifique,  le raisonnement hypothético- déductif et l’expérimentation (universellement enseignée et partagée) ; l’universalité des pratiques éducatives dans les domaines économiques (MBA) et techniques (sciences appliquées).

Que signifie aujourd’hui ce vaste apport ?

 -une langue dominante (l’anglais),

- un mode mondial d’organisation des connaissances (universités, bibliothèques, cursus éducatifs) et un réseau les reliant (Internet),

- une philosophie implicite (et donc non comprise dans certaines aires culturelles, d’où des possibles conflits) fondée sur le couple individu/droit (avec un danger réel, la prolifération de droits autonomes contractuels par rapport aux corpus législatifs  et donc le risque de conflits interminables).

 - Pendant cinq siècles, l’Europe grâce à ses différentes marines a pris pied sur tous les continents, créant un certain nombre d’empires (espagnol, portugais, hollandais, français et anglais) qui ont de ce fait, apporté et importé dans tous  ces pays, cette culture a la fois technique (les routes) et idéologique (les bases intellectuelles des mouvements de libération – Ho-Chi-Minh a appris la vulgate marxiste au quartier latin !).

 - On notera toutefois que contrairement à tous les empires précédents (romain, mongol, chinois), l’Europe n’a jamais crée d’Empire européen ; il n’y a eut que deux tentatives éphémères Charlemagne et Napoléon ; ce sont ses conflits internes qui ont abouti à laisser aux Etats-Unis un leadership  global puis maintenant relatif car il est encore malgré tout  à la fois, politique, économique, militaire et organisationnel.

 - Ce qu’il en reste aujourd’hui, c’est un formidable déséquilibre de richesses (accentué par des déséquilibres démographiques et écologiques) ; la fin du « rule britannia »…même les USA ne peuvent seuls réguler le monde.

 - Ce mode de pensée et d’action n’a toutefois pas touché les systèmes de croyance (hindouisme, islamisme, confucianisme, taoïsme ;..), les modes d’organisation familiaux ou claniques (ce qu’en bon européen on appellerait le droit civil !), les expressions artistiques philosophiques littéraires et poétiques…  ces modes  de pensées et d’être sont des ressorts puissants de la créativité et donc d’une certaine forme d’autonomie et de liberté.

 - Cette dernière ne peut qu’être partagée par tous et, peut-être, devenir le substrat d’une culture mondiale partagée respectueuse des corpus philosophiques et artistiques et religieux   Mais ceci est une autre histoire…celle de nos enfants. Ce qui est universel c’est la pensée scientifique et la pensée technique ou opératoire.

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Published by Emmanuel Harlé
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