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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 00:00

 

Questions de fonds


La crise actuelle nous oblige à reposer certaines questions fondamentales : le système international fondé sur l’échange des produits,  la liberté de circulation des capitaux et le développement des marchés à termes, en vigueur depuis la chute du communisme, est-il viable ou plutôt stable non (seulement) économiquement mais socialement ?

Pour répondre à cette question il faut explorer deux  voies :

- Que faut-il penser du libre-échange tel que pratiqué aujourd’hui par l’OMC et les grandes économies ?

-Que faut-il penser du  rôle du dollar dans les années à venir, ce qui équivaut à s’interroger sur le mode de fonctionnement du binôme USA-Chine ?

La crise actuelle entraîne (notamment en France) une réflexion critique sur  le libre-échange ; on rappellera que le point d’orgue de cette doctrine suppose que chacun se spécialise dans les produits où il excelle le mieux ; l’amélioration des rendements obtenus (la productivité qui seule crée la vraie richesse) induit un développement du bien être collectif. Qu’en est-il réellement aujourd’hui ?  Ou, plus exactement, les producteurs disséminés  sur certains espaces de notre planète (Amérique, Europe, Chine, Russie, Inde….) ont-ils un accès égal aux facteurs de production et  jouissent-ils des mêmes règlements sociaux, techniques et environnementaux ; assurément non, car on ne peut comparer un taux horaire américain ou européen au taux horaire chinois et on ne peut non plus comparer leurs normes environnementales, sociales et juridiques respectives.

En outre chaque économie-continent a des modes de régulation différents. Entre une Europe largement ouverte, sans politique commerciale affirmée et sans objectifs de change et une Chine vigilante sur l’ouverture de ses marchés, d’implantation de toutes les technologies et la volonté de maintenir un Yuan faible (Peg yuan-dollar), il est évident que le libre échange est un jeu gagnant perdant qui ne peut perdurer sans risques politiques et sociaux à terme. Appeler à la table de réflexion le protectionnisme ne servira à rien ; il faut,  plus simplement,  ne pas oublier qu’avant de s’appeler science économique, l’économie se voulait « politique » ; ce qui veut dire avoir une stratégie  face à un état donné du monde. « Les choses étant ce qu’elles sont… », Avait coutume de dire un certain général de Gaulle…..Il y a bien une théorie économique du libre échange, voire plusieurs, qui sont éclairantes, car elles aident à comprendre où est le meilleur système d’allocation des richesses et des facteurs de production (ou du moins le moins mauvais), mais le libre échange ne se règle pas uniquement entre entreprises mais aussi entre pays différents. A l’Europe d’avoir une stratégie commerciale et industrielle et une politique de change où il ne faut pas confondre libre-échange et laisser faire.

Ce déséquilibre  dans les modes de production nous  amène à poser la question du dollar et donc des relations entre la Chine et les USA. La Chine devenue l’usine du monde a tiré la majeure partie de sa croissance par ses exportations fondée sur une monnaie sous évaluée et une faiblesse des salaires le tout cachant une réelle sous productivité. Attirant capitaux et technologies, la Chine a accumulé de larges excédents commerciaux ; si son taux de change avait été libre la valeur de sa monnaie aurait monté, entraînant un ralentissement des exportations. Ce ne fut pas le cas et les autorités chinoises ont acheté et continuent d’acheter en masse des dollars.

Il y avait un jeu tacite : La chine fabrique, exporte et achète des dollars ; l’Amérique consomme par le biais d’un pouvoir d’achat dopé par des baisses de prix et un endettement aisé des ménages ; le Trésor US émettant des T .bills pour financer ses dépenses notamment militaires. Ce jeu n’est pas terminé et la partie qui  débute est nouvelle : d’une part la Chine a du se résoudre à financer le plan de relance keynésien le plus important pour contrebalancer  la baisse brutale de ses exportations et la chute de sa croissance, à laisser les salaires intérieurs augmenter pour contrebalancer par une demande intérieure supplémentaire  les exportations manquantes. Toutefois en détenant des milliards de dollars US, la chine est porteuse d’une créance à taux faible et peu liquide, car elle ne peut vendre ces derniers sans voir leur valeur baisser et enregistrer, ainsi, une perte en capital importante ; d’autre part les USA sont en train de comprendre qu’il y a des limites sociales et stratégiques à la désindustrialisation mais savent aussi que l’endettement d’un grand pays riche n’a pas de limite (exprimée en % du PIB !) et que les anticipations sur les taux d’intérêt sont liées au taux de croissance du PIB et non pas au montant de la dette publique.

En outre, la perte de compétitivité chinoise (salaire en hausse, sous productivité et dollars en baisse) va permettre une reflation  salariale aux USA et donc un début de processus de relocalisation des industries, si toutefois les compétences sont toujours là.

Entre une chine qui sait ce qu’elle veut, connait ses risques internes potentiels et se doit d’accumuler suffisamment de richesses avant de subir une démographie vieillissante (voir le parallèle avec le Japon), des Etats Unis durement touchés mais gardant toujours une avance non plus absolue mais relative, il est urgent sinon vital pour l’Europe de se doter d’une réelle stratégie économique .industrielle et monétaire… mais la tragédie grecque (une fois de plus !) nous permettra- t-elle de comprendre le sens chinois du mot crise ? 

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Published by Emmanuel Harlé
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