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2 janvier 2007 2 02 /01 /janvier /2007 21:49

Réflexions à la veille d’un scrutin qui pèsera lourd quel qu’en soit le résultat

 

 

Sur un électorat déséquilibré et par conséquent mobile :

 

1-    Le lien entre les français et la politique reste assez largement empreint de malaise face au système représentatif institutionnel ; la France « protestataire » risque d’être la toile de fond « médiatique » de la campagne électorale  à venir.

 

2-    La participation conventionnelle (vote) est d’autant plus privilégiée que l’on est âgé, tandis que la participation non conventionnelle (hors vote) l’est davantage par les générations les plus jeunes. Aux deux bouts de la chaîne des âges le spectre de l’action politique ne s’établit donc pas de la même façon. Même si la majorité des jeunes ne remet pas en cause les fondements de la démocratie représentative, organisés à partir de la décision électorale, une partie d’entre eux cherche à expérimenter d’autres modalités d’action.

 

3-    Malgré tout, le clivage gauche-droite garde une incidence assez prononcée. La gauche reste davantage porteuse d’une culture politique au sein de laquelle la protestation et la contestation ont une place importante. Ainsi les Français se situant à gauche, bien que privilégiant majoritairement la pratique du vote, accordent-ils plus d’influence à la participation non conventionnelle. L’attrait des pratiques non conventionnelles apparaît particulièrement marqué parmi les sympathisants d’extrême gauche qui sont une majorité à les juger comme plus efficaces que le vote. Beaucoup des sympathisants de l’écologie optent aussi pour un répertoire non conventionnel d’action politique … ce qui explique en partie le discours non conventionnel de Ségolène Royal ; elle veut faire le plein des voix de gauche pour creuser l’écart au premier tour.     

 

4-    Par ailleurs, face à l’élection présidentielle, les français vont avoir, en simplifiant, deux attitudes par rapport « au rôle incarné par le président : doit-il être arbitre ou acteur ? » -  Très schématiquement, les « pro-arbitre » votent plutôt à gauche et les « pro-acteur » plutôt à droite. En ce qui concerne les «pro-arbitre» leurs préoccupations expriment leur idéal politique ; les inégalités sont les problèmes les plus importants, ainsi que l’éducation et la recherche ou encore l’environnement. Quant aux « pro-acteur », il s’y cache une attente « césariste » qui recouvre, semble-t-il assez bien, le paysage varié des droites françaises.

 

Leurs sentiments reposent sur un diagnostic critique à l’égard des pouvoirs  tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui et sur une mise en doute des corps intermédiaires (syndicats, médias, …). Cette conception implique une rupture avec les contours et fonctions actuels de l’Etat. Ils souhaitent moins un Etat acteur, qui pilote, redistribue et intervient mais plutôt un Etat stratège qui montre le chemin et assure la « cordée ». 

 

5-    Au delà des réactions et positionnements face au système représentatif et au rôle du Président de la République, il y a la confiance dans le système ou plutôt la méfiance. Depuis quelques années, la confiance s’est profondément délitée. Les électeurs se reconnaissant un peu moins dans le clivage gauche/droite (bien que ce dernier reste une trame essentielle d’identification) et accordent de moins en moins leur confiance à la gauche comme à la droite pour gouverner. Ils développent des attitudes de rejet et d’opposition envers le pouvoir en place quel qu’il soit.

 

6-    La proportion de personnes que l’on peut qualifier d’ « intégrés » au système politique (clivage gauche/droite) – ne représente plus qu’un gros tiers de l’électorat ; Les « méfiants »  ne font confiance ni à l’une ni à l’autre pour gouverner – constituent le deuxième gros tiers ; les « hors système », caractérisés par le refus du clivage gauche/droite et l’absence de confiance pour gouverner,  rassemblent, le dernier petit tiers de l’électorat.

La situation par rapport à 1997 semble s’être aggravée : une large partie de l’électorat ne semble plus « intégré » et devient donc flottant !!

Cette diminution de l’intégration au système politique touche particulièrement les femmes, les immigrés et les catégories intellectuelles (enseignants, étudiants, formateurs, consultants, experts…catégories qui s’expriment ; médias !!). Le manque de confiance de l’électorat féminin dans le système politique en fait l’une des cibles privilégiées de la campagne à venir.

Cette crise du système s’interprète toutefois moins en terme de perte d’identification (gauche, droite) qu’en terme de déception  après des alternances à répétition où ni la droite ni la gauche ne parviennent à installer le pays dans une bonne direction.

 

7-  On assiste en particulier à une montée de cette méfiance tant à l’extrême gauche qu’au sein de l’UDF (politique d’autonomie de F. Bayrou). Mais cette méfiance s’installe aussi au cœur des sympathisants socialistes (ce qui explique en partie le succès de Ségolène Royal ; c’est une femme, c’est nouveau  …après tout !) et de l’UMP dans une moindre mesure (les clivages au sein de l’UMP se focalisent sur l’attitude face à l’adaptation au monde actuel ; la mondialisation !)

Qui plus est, les méfiants sympathisants socialistes n’iront sans doute pas vers le PC, les verts, l’extrême gauche ou Bayrou et restent pour l’instant dans l’expectative … Où  partiront-ils ? A gauche pour la plupart mais pas tous, ce qui explique le style « Ségolène » !

En revanche, les fuites des méfiants UMP peuvent partir un peu partout (Le Pen, Royal ...). Cela  s’explique sans doute par l’absence d’une politique intelligente de droite depuis des années…

 

Que faut-il penser de tout cela ?

 

1- Un électorat éclaté en 3 blocs : intégrés, méfiants et hors système).

 

2- Les Méfiants toutes catégories confondues sont principalement des femmes et des professions intellectuelles (professeurs, enseignants, étudiants, lycéens, formateurs, experts… ).

 

3- Il existe des masses importantes de méfiants tant chez les électeurs du PS que chez ceux de l’UMP.

 

4- les mouvances politiques qui jouent sur le refus du système (extrême gauche, écologistes, UDF) n’ont pas à ce jour de gros potentiel d’attractivité envers les fractions méfiantes du PS et de l’UMP.

 

5- D’où problématique pour le PS comment inciter l’extrême gauche et l’écologie à voter utile pour Ségolène Royal et ne pas laisser échapper une partie de leurs électeurs ! La réponse : le discours : on utilise l’aphorisme, on refuse le débat technique et le contradictoire. 

 

6- D’où problématique (plus compliquée) comment tenir ou retenir les méfiants de droite et du centre qui peuvent être déstabilisé (électorat plus peureux voir versatile).

 

7-  De surcroît nous sommes en plein changement de Génération et ce cas de figure est nouveau dans la V République.  

 

8- Enfin la candidate socialiste est partie pour éviter le débat, le duel, la confrontation … ou plutôt elle ne l’acceptera qu’à la fin et à l’américaine (ce qui a  été fait récemment au parti socialiste ; on utilise l’appel au sentiment et pas au jugement.   

 

            Que peut-il se passer ?

 

a)     le clivage gauche/droite est affaibli mais pas mort ! Les deux principaux candidats (on les connaît) devront avant tout rassembler selon un clivage gauche/droite pour éviter les fuites ci avant mentionnées.

 

b)    les personnalités qui proposeront des modes d’être et des modalités d’actions pratiques avant de parler réformes « techniques » occuperont le centre des débats (ce qui est déjà le cas ! ! !)

 

c)     tout va se jouer au deuxième degré : on n’est plus dans les programmes et les pseudo-étiquettes : socialiste, libéral, gaulliste, gauchiste…. Mais dans la capacité à faire comprendre à l’autre (le citoyen), que l’on comprend ce qui lui arrive, pour être à même d’expliquer voire d’expliciter (redonner du sens !!) et par là commencer un travail de quasi-pédagogie (que faudra-t-il faire pour en sortir !).

 

 

                                                                 2/01/2007

 

                                                         Emmanuel Harlé

 

 

 

 

 

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Published by Emmanuel Harlé - dans Politique
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