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7 octobre 2005 5 07 /10 /octobre /2005 18:03

I - Les belles années

II - Fin du communisme et idéologie libérale

III - Le monde devient libéral

IV - Le retour de la géopolitique et les conséquences des dérives du libéralisme

V - Les conséquences géopolitiques

VI -  Les conséquences en matière de décisions économiques et financières

VII - Les conséquences en matière industrielle : l'Europe en   difficulté

VIII - Conclusion

                                                                                                              
 
I - Les belles années

Jusqu'au milieu des années 80, deux systèmes idéologiques se sont fait concurrence : le communisme et les démocraties capitalistes. Au sein de ces dernières, notamment en Europe, l'existence des partis communistes et socialistes influençaient les politiques économiques. Cette situation se répercutait sur le partage de la valeur ajoutée qui ne pouvait pas être trop inégalitaire. L'Etat, par ailleurs, intervenait pour éviter les crises économiques majeures (ce que l'on a appelé improprement le keynésianisme !) et pour apporter un minimum de sécurité aux plus démunis.

Par ailleurs, les conflits (guerres de Corée, d'Indochine, du Vietnam, crises de Berlin, de Cuba, etc...) obligeaient les Etats à maintenir des dépenses militaires élevées.

Cette époque était dominée par le bien-fondé de l'interventionnisme et influencée par les idées sociales-démocrates.

Les années qui suivirent la guerre de Corée furent marquées, en particulier aux USA, par une croissance sans inflation et l'existence d'excédents budgétaires (baisse des dépenses militaires). En revanche, à partir des années 70, les dépenses budgétaires croissent de nouveau très rapidement : programmes sociaux, conquête de l'espace, guerre froide. Les déficits budgétaires s'installent de nouveau.

En matière monétaire, la FED va laisser croître la masse monétaire ; le Gold Exchange Standard est abandonné en 1971. La grande inflation des années 70 est due à ces différents choix. La base monétaire américaine est passée de 30 Milliards de dollars à plus de 150 Milliards de 1950 à 1980.

Les prix suivent le même chemin que la création monétaire et l'écart entre PIB en valeur et PIB en volume va influencer les comportements des agents économiques. L'épargnant sera perdant et les porteurs d'obligations accepteront un taux réel extrêmement faible, voire parfois négatif. L'indice des prix en variation annuelle était, jusqu'en 1965, largement inférieur au taux des obligations à 10 ans, ce ne sera plus le cas après.

Les emprunteurs seront gagnants. L'endettement se dissolvait dans l'inflation.

II - La fin du communisme et le retour du libéralisme économique


L'arrivée de Margaret THATCHER, en 1979, puis de Ronald REAGAN, en 1980, et l'influence du monétarisme dans les grandes banques centrales font que de nouvelles politiques vont devenir partout dominantes ; ces dernières seront fondées sur les axiomes suivants :

- L'intervention de l'Etat (hors domaine militaire) est contre productive. Le marché est plus efficace et plus rapide que les fonctionnaires. La dépense publique doit être cantonnée aux missions « régaliennes » ;

- La redistribution est un puissant facteur de démotivation face au travail ;

- L'entrepreneur est la seule source de la création de richesse ;

- Le développement du commerce mondial donne un résultat où tout le monde est gagnant ;

- La création monétaire incontrôlée est la seule source d'inflation. L'arrivée au pouvoir des monétaristes dans toutes les banques centrales enclenche des politiques de réduction de la masse monétaire. En conséquence, de 1980 à 1993, on assistera partout à une baisse importante du taux de l'inflation ;

(On remarquera que la FED a bien géré ce programme, en ne cassant pas la croissance par une réduction outrancière de la masse monétaire M3 alors que la Banque de France par deux fois (1994 et 1996) impose des variations négatives.)

Ces politiques de ralentissement de la croissance de la masse monétaire vont entraîner une large baisse de l'inflation (à titre d'exemple, en France le taux d'inflation passe de 13 % en 1980 à 3 % en 1988).  

Par ailleurs, les gouvernements dits « libéraux » vont diminuer les dépenses publiques. Aux USA, l'effort militaire (guerre des étoiles) freinera ce mouvement avant une réelle diminution des dépenses militaires après la chute du communisme (baisse des dépenses militaires US de 7 % du PIB en 1982 à 3,7 % en 2000).

Enfin, la promotion du libre-échange par les pays de culture anglo-saxonne à partir de 1990, époque où les anciens pays communistes entrent dans l'économie de marché, créera une source de croissance pour les pays en voie de développement grâce aux importations des pays industrialisés (en Grande-Bretagne, les importations passent de 10 % du PIB en 1958 à 32 % en 2000 !).

Il faut enfin ne pas oublier qu'à partir de 1995 la révolution technologique a permis, surtout aux USA et dans une moindre mesure en Europe, de compenser les délocalisations industrielles classiques. On verra plus tard que ce ne sera plus le cas !

Au sein de cette mondialisation accélérée, il y a ceux qui ont su en être et ceux qui se sont repliés sur eux-mêmes. Les réformes Thatcher ont permis à la Grande-Bretagne de profiter à plein de la mondialisation alors même que les rigidités sociales ont rendu la France plus perdante que gagnante.

En France, le secteur financier qui, dans le monde, a été très dynamique, a régressé ! Enfin, l'évolution comparée des taux de chômage sanctionne des pesanteurs économiques et sociales françaises  (GB : 4-4 % - France : 9-10 % !).

Tous ces facteurs vont créer de fortes pressions déflationnistes dans les pays industrialisés. Il existe dans les biens consommés une part croissante de biens provenant de pays à faible coût de main d'œuvre et une part croissante de biens « high-tech » dont les prix baissent en permanence.


III - Le monde devient libéral

Les années 1990-2000 vont subir un développement accéléré de ces tendances car deux phénomènes vont  jouer :

- L'effondrement du communisme, qui introduit dans l'économie de marché 4 milliards d'individus supplémentaires... On change de dimension. La liberté de circulation des hommes, des marchandises et des capitaux va devenir la règle du monde !

- La révolution technologique, en supprimant les distances, a transformé le monde en un vaste réseau où tout le monde est relié.

Mais la liberté de circulation sur une planète où la disparité des coûts et des revenus est élevée et connue de tous en temps réel ne peut que conduire à d'importants mouvements d'hommes et de capitaux. La fin du communisme n'a pas seulement engendré une économie de marché mondiale mais aussi un affaiblissement du socialisme dans son ensemble. Le rapport de force a été favorable au capital et défavorable au travail.

Dans un monde « protectionniste », où capitaux et hommes sont peu ou pas mobiles, les écarts de richesse sont élevés entre les pays et réduits à l'intérieur des pays ; dans un monde ouvert, les écarts sont faibles entre les pays mais importants à l'intérieur des pays par le jeu de l'égalisation globale des salaires. Il en résulte que les salariés à faible valeur ajoutée des pays dits riches voient leurs revenus baisser et le chômage s'aggraver.

Par ailleurs, dans un monde ouvert, les Etats entrent en concurrence pour retenir les investisseurs et les entrepreneurs. Les politiques économiques « gagnantes » sont celles qui offrent un cadre fiscal et psychologique propice aux entrepreneurs, aux entreprises et aux investisseurs. Les pays qui ne peuvent pas réduire leurs dépenses collectives et attirer des créateurs ont un problèmes majeur à résoudre : les actifs partent, les autres restent !!

Quand on a, comme notre pays, une tradition forte d'Etat-Providence, plus les transferts sont soutenus par une masse de gens (droite ou gauche) favorables à la dépense publique, plus cette politique devient insupportable aux créateurs économiques qui, s'ils partent, tarissent les recettes fiscales et le potentiel de croissance économique. Nous naviguons entre la fracture sociale et la faillite financière.

  
IV - Le retour de la géopolitique et les conséquences des dérives du libéralisme

A partir de l'année 2000, les USA ont dû faire face à trois types de problèmes à la fois urgents et fondamentaux :

- l'explosion de la bulle internet,
- les attentats du 11 septembre 2001,
- l'affaire Enron (dérive d'un libéralisme excessif).

Les conséquences ont été un changement brutal de politique budgétaire ; les dépenses civiles et militaires vont augmenter plus vite que le PIB, entraînant un déficit budgétaire massif, l'administration fédérale cherchant à stopper les faillites et à compenser la faiblesse de l'investissement privé.

De même, l'Institut d'émission américain va mener une politique monétaire expansionniste en ramenant ses taux d'intérêt au niveau le plus bas depuis 50 ans (taux réels devenus négatifs depuis 2 ans).

Ce type de politique entraînait autrefois des pressions inflationnistes ; cette fois-ci les importations formant le quart des biens de consommation et d'investissement, il n'y a pas eu de poussée inflationniste car une partie de la création monétaire part à l'extérieur du pays par le biais du déficit extérieur. Les consommateurs américains achètent à l'étranger et les capitaux ainsi créés par l'Etat financent les économies du monde et de la Chine en particulier ! De ce fait, la croissance et l'emploi américains profitent peu des politiques monétaires et budgétaires actuellement menées.

Ce phénomène de « fuite » est accentué depuis peu par l'intrusion de la Chine dans le jeu mondial : elle est la première source de déficit commercial et elle détourne les investissements étrangers du sol américain (et européen).

Cela n'est pas sans poser un problème politique majeur car ce développement pénalise l'Amérique Latine (le Mexique en particulier) et va forcer l'Europe à repenser ses structures politiques et sociales.


L'irruption chinoise transforme profondément le mode de fonctionnement du système impérial américain !

Cela contraint les autorités budgétaires et monétaires américaines à développer des politiques plus expansionnistes que ce qu'elles auraient eu en temps normal. Les cadeaux fiscaux et les taux d'intérêt bas ont permis aux ménages américains de s'endetter de façon extrêmement élevée. Le taux d'épargne est à son plus bas niveau historique. La charge de la dette des ménages en pourcentage de leur revenu des ménages est passée de 14 % (en 1992) à 21 % (en 2004).

La question est substantiellement financière, voire monétaire ; l'Amérique n'est plus un prêteur en dernier ressort (Plan Marshall) mais un importateur de dernier ressort qui, en contrepartie, injecte des paquets de dollars dans les circuits mondiaux ; la gestion de cette immense machine est aux mains d'un conglomérat public-privé où l'on retrouve la FED, les fonds de pension, les grandes banques, les agences de notation... Poussant fort loin, les libéraux américains ont privatisé la gestion du système en allant jusqu'à privatiser la dette et la remettre aux citoyens américains ; on a institué le déficit privé (éternellement refinançable) comme moyen de relance de la machine mondiale : Américains, empruntez ! consommez ! Le réseau mondial des entreprises (américaines ou autres) produira en empruntant via Wall Street et ses filiales (Londres, Tokyo, Frankfurt, Paris, bientôt Pékin...). L'argent du monde entier (jusqu'à présent !) inonde les USA en contrepartie d'une frénésie d'achats de biens toujours plus fabriqués en dehors des USA. L'offre de monnaie (principe keynésien) est mondialisée et sa régulation le fait d'Institutions plus privées que publiques. L'intervention de l'Etat (déficit fédéral) ne se fait qu'en cas de retournement de cycle et pour financer une armée prétorienne qui veille sur l'énergie nécessaire au système (pétrole et atome) et traque ceux qui font peur aux marchés (Ben Laden et consorts).

Le capitalisme a été sauvé il y a cinquante ans par la guerre (tiens, déjà !) et par l'impulsion de déséquilibres multiplicateurs ; les stratèges américains (qui se disent libéraux !) ont développé le système au plan mondial... jusqu'ici tout va bien (pour les financiers et les politiciens américains), la sphère financière et monétaire fait des profits malgré quelques bulles (technologiques, immobilières...)... en revanche la sphère réelle (c'est-à-dire l'économie qui produit), soumise à une intense obligation de création de valeurs financières, impose des restructurations permanentes et des délocalisations difficiles...en bref, le pouvoir a changé de mains et les Etats font de la figuration sur le plan économique, et de la privatisation (qui en soi n'est pas une mauvaise chose) contrainte pour se défaire de leurs dettes (ce qui, en Europe, n'est pas facile car les citoyens de ce Continent ont la détestable habitude, comme leurs équivalents Japonais, d'épargner malgré tout !). N'y voyez pas une critique du capitalisme mais une analyse lucide des rapports de force au début du 21e siècle... On comprend mieux l'inertie et la non lisibilité européenne quand on voit tous les acteurs de la pièce.
Les Chinois ont compris le procédé, mais l'exportation est la seule façon de laisser un taux de croissance supérieur à 8 %... N'oublions pas qu'à 4 % on repart dans un cycle d'émeutes, panique millénaire des empereurs de Pékin, étant donné les déséquilibres régionaux et sociaux chinois, sans parler de la situation dans les autres pays asiatiques.

V - Les conséquences géopolitiques

A terme (mais quand ?), les ménages américains devront se mettre à épargner ; cela pourrait se réaliser de plusieurs manières :

- croissance du taux d'épargne, comme au Japon; mais cela amènera une faible croissance et, par conséquent, du chômage ;
- diminution des dettes grâce à l'inflation.
Les USA vont avoir à choisir entre deux politiques :
- une remontée du taux d'épargne, ceci entraînera une demande intérieure faible, une monnaie forte puisque les comptes extérieurs se rééquilibreront et un accroissement du chômage.

- une inflation forte qui permet le rééquilibrage des bilans grâce à un transfert de richesses des créanciers vers les débiteurs. La croissance nominale (volume + prix) reste satisfaisante et la monnaie s'affaiblit.

Le prix politique à payer si on choisit la première est tel qu'il est probable que les pouvoirs politiques choisiront la seconde.

Mais, pour qu'il y ait inflation, il faut que l'on rééquilibre les comptes extérieurs. A ce titre, le problème que pose la Chine ne peut pas se régler rapidement par un ajustement des parités monétaires. Donc l'arme protectionniste sera probablement utilisée.

La simple application des politiques libérales a commencé à être remise en cause. Certaines contestations s'expriment par la violence, d'autres plus pacifiquement.

Mais ce qui peut changer les choses, c'est que la mondialisation commence à poser des problèmes économiques et sociaux aux Etats-Unis !

En effet, le libéralisme économique déroulé au travers du consensus de Washington impliquait plusieurs données :

- un monde ouvert............. L'OMC,

- des principes forts en matière de gestion des deniers  publics........ Le FMI ?
- une monnaie d'échange........... le dollar et de réserve......... le dollar,
- une fluidité des courants financiers........ la bourse en continu,

- un acteur central.......... Les USA.

A partir du moment ou par effet de taille (Chine, Inde... ) ou de regroupement (l'Europe) il y a plusieurs acteurs majeurs et ou les phénomènes classiques en régime capitaliste (production au moindre coût... donc délocalisation et vente là où se trouve la demande effective) portent atteinte aux liens sociaux, les Etats (malgré leurs faiblesses internes évidentes.... quel est le pouvoir réel d'un gouvernement, notamment européen, aujourd'hui ?) vont devoir sous peine de chocs sociaux très durs, se mêler de nouveau de la partie.

Il s'en suivra que les conflits entre pays ou blocs pourraient être les plus sévères dans l'avenir. Les rivalités entre nations ou blocs de nations, associées aux chocs culturels entre sociétés caractérisées par des valeurs sociales différentes, annoncent des jours difficiles avant que le Monde ne trouve un nouvel équilibre. Nous sommes à la recherche de nouveaux traités de Westphalie et ceci mettra du temps à venir. Les nations qui n'auront pas pris la mesure de ces enjeux verront leur influence et donc leur richesse se réduire.

Rien n'apaisera ces affrontements tant qu'une quelconque autorité internationale située au-dessus des Etats ne fera régner un minimum d'ordre. Or, le concept de souveraineté mondiale, malgré le droit dit d'ingérence (d'ailleurs comment s'ingérer en Chine !), n'existe pas et pour longtemps encore. Les grandes puissances chercheront donc à accroître leur domination au détriment des autres. Toutefois, cette anarchie ne débouchera sans doute pas sur des guerres entre nations ou blocs de nations, car la guerre est devenue trop chère et l'asymétrie entre capacités technologiques trop importante. Mais l'hyper compétition qui pousse les entreprises à recourir à des pratiques commerciales, parfois déloyales voire illégales, aidées par les Etats qui soutiennent leurs entreprises en mettant à leur disposition les ressources de leurs administrations (y compris leurs services de renseignement), continuera à se développer.

La guerre économique est omniprésente, elle reste cependant occulte pour le grand public... Elle va surtout être relayée par la guerre pour les ressources (pétrole, métaux... à titre d'exemple la présence chinoise discrète mais efficace en Afrique là où il y a du pétrole).

On a vu plus haut qu'avec la chute de l'Union Soviétique, le Monde s'est accordé sur un cadre général politico-économique qui a fait la part belle au libéralisme ; cela ne met pas un terme aux conflits entre nations. Ceux-ci sont déplacés du champ politique aux champs économiques et culturels.
Face à cette réalité, la réflexion stratégique de nos « penseurs » et acteurs politiques est restée quasiment figée. Les évènements qui ont suivi la fin de la guerre froide auraient dû les forcer à réinterpréter des concepts tels que puissance, influence, affrontement économique... Quelle place pour la France dans ce nouveau Monde ? Comment doit-on agir pour maintenir son rang face à l'émergence des pays asiatiques, de l'Inde, de la Chine, du Brésil et d'autres ? Quelle politique pour assurer une croissance économique continue ? Quel doit être le rôle de l'Europe ?

En revanche, les Américains ont été prompts à se saisir de ces questions et ont vite compris que les multinationales américaines exprimant l'expansion américaine ne peuvent pas être séparées des objectifs de la politique extérieure américaine. Le Général de Gaulle, au cours des années 60, avait tenté de limiter en vain l'accès des entreprises américaines au marché commun, esprit prémonitoire s'il en est ;

Il faut se résoudre à la réalité, le concept de puissance reste structurant, il s'agit de le redéfinir par rapport aux enjeux actuels.

C'est la capacité de déterminer ou d'influencer les structures de l'économie globale au sein desquelles les Etats, leurs entreprises et leurs experts doivent agir.

Un Etat ou groupe d'Etats influents doivent assurer la sécurité pour eux-mêmes et leurs alliés, avoir des moyens financiers et choisir le lieu et le contenu des activités de production, tant matérielles qu'immatérielles (usines et universités !).

Nous sommes entrés dans un jeu diplomatique multipolaire entre les Etats et les multinationales, les ONG, les mafias et les groupes terroristes...

Les Américains ont construit depuis longtemps leurs cadres intellectuels pour s'adapter au troisième millénaire. Forts de ces réflexions, ils ont pu définir leurs priorités nationales : la défense de leurs intérêts économiques et culturels. Cela signifie qu'en termes économiques les Américains n'ont plus d'amis et que leur principal adversaire aujourd'hui est l'Europe, qui reste encore capable de développer des technologies innovantes (mais pour combien de temps encore !).
Les Etats-Unis disposent à ce jour d'un dispositif complet de sécurité économique. L'organisation administrative chargée de la protection et de la gestion des informations économiques sensibles ainsi que du soutien des entreprises US est à la fois puissante, structurante et gérée au plus haut niveau par le National Economic Council (NEC).
Les Anglo-Saxons savent être libéraux dans les affaires internes et dirigistes à l'extérieur ; en France et en Europe, nous faisons le contraire.

Le rapport Carayon sur l'intelligence économique a le mérite de souligner les faiblesses françaises en la matière. Le challenge ne se limite pas à une réorganisation administrative. Il faut faire évoluer les mentalités qui empêchent une véritable réflexion sur la pensée stratégique française.

Ce rapide constat, qui n'éclaire qu'une facette de nos problèmes, met en évidence que la structure politique et administrative forgée il y a maintenant 50 ans (issue des réflexions du Conseil National de la Résistance et des travaux remarquables de hauts fonctionnaires pendant une trentaine d'années) est aujourd'hui à bout de souffle ; nous vivons à crédit et sans réelle stratégie, tournés uniquement sur la fausse résolution de problèmes dits sociaux (le dernier avatar en la matière étant le plan « Borloo ») ; à l'extérieur nous produisons du lyrisme à base de droits de l'homme et construisons avec difficulté une Union Européenne qui pourrait se gripper d'elle-même en se focalisant sur de faux débats (ce qui est en train d'être le cas).
 
  VI - Les conséquences en matière de décisions économiques et financières

La mondialisation et les innovations technologiques ont transformé les délais et le mode d'application des lois économiques. Ces évolutions, mal comprises, sont source de peurs et d'erreurs de décisions.

Les marchés financiers portent en eux des mouvements contradictoires :

- des variations importantes d'une journée sur l'autre que l'on explique mal, ou d'explications qui se contredisent parfois dans la même semaine,

- de faibles variations des indices de longue période.
La raison en est que les investisseurs financiers n'ont plus de repères.

Depuis les années 90, la mondialisation et la multiplication d'innovations technologiques majeures sont plutôt en phase d'accélération que de ralentissement, et cela change non pas les lois économiques mais les espaces et les temps où elles s'appliquent.

A titre d'exemple, la masse monétaire des USA depuis plusieurs années n'alimente plus l'inflation interne mais se déverse dans le prix des actifs boursiers et immobiliers et en Chine (dans les prix).

Jusqu'au milieu des années 90, l'évolution de la masse monétaire était cohérente, avec l'évolution du PIB. Depuis la politique de la FED a toujours été stimulante mais la concurrence venant de l'extérieur empêchait les entreprises américaines d'augmenter leurs prix. Les liquidités se sont déversées dans les actions, dans l'immobilier et les obligations. En conséquence, quand les banques centrales seront restrictives, ce seront les prix des actifs qui baisseront.

Enfin, les organismes de régulation (FED, FMI, BCE... ) interviennent peu afin de laisser les marchés inventer les nouveaux équilibres. Le monde devient complexe, le pilotage doit se réapprendre mais en attendant on donne de la liberté afin que le système puisse trouver son équilibre (on notera ici une belle application de la loi de la variété requise en théorie des systèmes à l'économie de marché !).

  En clair, les régulateurs officiels ne peuvent pas intervenir, car ils ne comprennent pas très bien ce qui se passe. On peut changer les statuts de la BCE pour lui donner un objectif de croissance et non de strict suivi de l'inflation, cela ne changera pas grand-chose !


VII - Les conséquences en matière industrielle : l'Europe en difficulté

Dans les activités industrielles, les coûts baissent en fonction de l'accumulation de l'expérience. Cette dernière est liée aux accroissements de parts de marché, tailles des séries, conception des produits, ainsi qu'à l'amélioration des technologies et des processus de fabrication.
Les entreprises, qui gagnent des parts de marché, baissent leurs coûts plus vite que leurs concurrents et peuvent baisser leurs prix. En conséquence directe les prix du marché décroissent au rythme des baisses de coûts du ou des leaders. Les concurrents qui se laissent dépasser voient les prix baisser par rapport à leurs coûts et de ce fait leurs marges s'effondrer, parce qu'ils ne descendent pas leurs coûts  au même rythme que les leaders. Ils finissent par sortir du marché.
Les entreprises européennes sont en train de subir ce phénomène d'érosion des marges face aux entreprises chinoises en forte croissance.
Le développement des entreprises chinoises  est en train de faire exploser ce phénomène à l'échelle mondiale et macro économique et ce au détriment des entreprises européennes.
Les entreprises chinoises font descendre leurs coûts, chacune dans son secteur industriel. Leur efficacité basée au départ sur les coûts salariaux, se développe maintenant du fait de séries très importantes permises par le développement du marché intérieur chinois et par l'augmentation de leurs parts de marché au plan mondial. Les technologies employées progressent permettant d'atteindre les niveaux des marchés occidentaux pour des produits de plus en plus complexes (hier le textile, l'électroménager, ..., aujourd'hui l'électronique, les ordinateurs, les téléphones portables, ..., demain l'automobile, la construction aéronau-tique, ...).           
Les hausses  de l'énergie et des matières premières dues à leur forte croissance sont absorbées dans leurs comptes par les effets de séries qu'elles obtiennent grâce à des croissances de chiffre d'affaire de 25% à 30% par an.
Les meilleures entreprises chinoises ont aujourd'hui des coûts inférieurs de 15 à 30% par rapport aux entreprises européennes, alors que leurs parts de marché et leurs outils de production sont au mieux égales à 50% de celles des bonnes entreprises européennes et que leurs outils industriels et leurs productivités sont pour quelque temps encor largement inférieures.
A taux de change inchangé leurs parts de marché mondiales augmentant, leurs coûts vont encore baisser par rapport à ceux des entreprises européennes et il faut dès maintenant anticiper des écarts de coûts allant jusqu'à 30 à 35% dans de nombreux secteurs industriels dans les quelques années à venir.
Ces écarts ne seront pas gommés dans les dix prochaines années par des hausses de coûts salariaux ; en effet  la Chine ne verra pas ses coûts salariaux rejoindre les coûts européens avant 2040.
 En conséquence, les entreprises européennes voient leurs marges écrasées par un triple phénomène :
  - Des baisses de prix rapides  liées  à la pénétration de produits chinois ; 
  - La décroissance de leurs marchés car beaucoup de produits intermédiaires se délocalisent  en Chine;
  - Les hausses de l'énergie et des matières premières.
A ces phénomènes s'ajoutent deux autres facteurs plus spécifiquement européens :
  - La baisse insuffisante des coûts ajoutés à des gains de productivité limités, et ce pour les raisons évoquées plus hauts ;
  - Les coûts de restructuration sociale sont élevés en Europe et cela se traduit (déjà) par des déficits publics beaucoup trop lourds et par conséquent des taux d'imposition et un coût du capital qui augmenteront nécessairement.
En outre l'impossibilité d'obtenir de fortes marges bride les investissements (R&D, marques, réseau commerciaux ...etc) qui seuls permettent de lutter efficacement face aux concurrents chinois.
Le phénomène est impossible à endiguer: la Chine a un pouvoir de négociation avec les pays occidentaux bien supérieur à celui de la Corée du Sud (48 millions d'habitants) ou de Taiwan (23 millions d'habitants) dans les années 80 et 90, et qui avaient utilisé la même politique.
Enfin le marché chinois constitue une fantastique aubaine pour les entreprises mondiales qui vont  arbitrer très vite en faveur de ce nouveau marché, quitte à diminuer leurs activités dans les pays occidentaux.
 
  Comment en sortir ?
Les  ripostes sont  limitées !
 Relocaliser ailleurs des outils industriels européens pour rester compétitif mais surtout pour recréer des capacités d'investissement dans des fonctions à haute valeur ajoutée (R&D, marques, ..);
Ne conserver que la conception, le service, la production de certains composants critiques, ou les assemblages complexes en Europe ;
 Focaliser les portefeuilles d'activités en termes de métiers, segments d'activité, niveaux de gammes, sur les domaines qui restent attractifs;
 Développer des implantations en Chine pour conquérir les  marchés au besoin en acquérant certains concurrents chinois, avant que ces derniers ne deviennent des leaders mondiaux.
A l'échelle des entreprises, ces stratégies sont possibles. La vitesse d'exécution dans ces restructurations et redéploiement indispensables sera un élément critique, autant que la définition des portefeuilles d'activité et des reconfigurations industrielles.
 Les entreprises qui considèreront la Chine comme une opportunité  et non comme une menace gagneront la partie.
A l'échelle des Etats et de l'Europe, une grande fluidité des marchés du travail, la diminution des  coûts sociaux, des coûts de fonctionnements des Etats, des allocations budgétaires envers la recherche, les industries porteuses et la formation technologique feront très rapidement la différence entre ces derniers.
La conséquence : Une divergence accentuée entre gagnants et perdants
La pression concurrentielle de la Chine au cours des dix prochaines années va accentuer la concentration des entreprises européennes et créer une grande divergence entre les trajectoires de celles qui parviendront à renouveler leur stratégie dans ce nouvel environnement et les autres.
Elle risque d'induire également la même divergence entre les trajectoires des différents Etats européens, entre ceux qui parviendront à s'adapter et les autres. La convergence économique au sein de l'Europe est loin d'être une évidence... attention !

VIII - Conclusion :

... et la France ou l'Europe continentale !!


Face à l'endettement croissant, le seul recours sera la dévaluation et le protectionnisme... Ce qui signifie la fin de l'Euro (qui était un projet politique et non économique car il s'agit d'une monnaie unique dans une zone monétaire hétérogène) et le retour aux  dévaluations qui s'auto-alimentent.

Le risque est important car nous ne sommes plus seuls au monde (je parle de l'Europe) avec les USA ; il y a maintenant les autres et les menaces géopolitiques (guerres pour les ressources naturelles).

Ce scénario peut être aggravé s'il y a conjointement une nouvelle flambée du pétrole et un ralentissement de la croissance (évènements politiques incontrôlables au moyen orient) qui entraîneraient un ralentissement en Chine (risque d'explosion sociale) et un déséquilibre des balances dollars ; à ce propos  de la décision de Téhéran d'ouvrir une bourse en Euros pour les échanges pétroliers est une brèche dans le processus de circulation des dollars.   

... Occupons nous de nos réformes et d'une Europe réellement organisée avant tout !

 


                                                                                                         

 

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Published by Emmanuel Harlé - dans Géopolitique
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